Le déni qui tue

Il m’est impossible de rester silencieux. En effet ce qui s’est passé à Crans-Montana me touche au plus profond de ma chair, non pas comme un simple spectateur de l’actualité, mais comme un enfant de cette station qui y a laissé une partie de sa jeunesse. Si je prends la parole aujourd’hui, au milieu de la douleur, c’est parce que le silence est devenu complice.

Le Constellation. À la vue des images qui tournent en boucle, je suis glacé. Pas seulement par l’horreur des flammes, mais par un constat implacable : en 30 ans, rien n’a changé. L’infrastructure est restée la même, et la mentalité de silence aussi.

Pour ma part, j’ai passé une grande partie de mon enfance et adolescence à Crans-Montana. Ce bar, je le connais. Ce système, je l’ai habité.

Pourtant, quand j’explique que lors de mon entrée dans la vie active, entre mes 16 et 24 ans, je finissais mes journées de travail ivre, que je consommais de la drogue seul ou avec des clients dans le train pendant mon service, les gens rient. Ils trouvent ça « drôle » ou « rock’n’roll ». Mais ça ne l’est pas. Au contraire, c’était une mise en danger de mort, la mienne et celle des autres.

Par exemple, ma première bière, je l’ai commandée dans un bar de Crans-Montana à 13 ans, à la vue de tout le monde. Personne n’a sourcillé. C’était la norme. Si tu prenais un Coca, la première question était : « T’es malade ou quoi ? ».

A l’époque, on trouvait normal qu’un adulte reparte avec un jeune de 15 ans après lui avoir offert généreusement plusieurs verres. On trouvait normal de punir le jeune en échec professionnel parce qu’il buvait trop, tout en sachant que ses propres responsables d’apprentissage picolaient avec lui.

Aujourd’hui, une quarantaine de jeunes sont morts.

Bien sûr, certains diront : « Que faisaient des mineurs là-bas ? Pourquoi étaient-ils sous l’emprise de produits ? ». Ne vous trompez pas de cible. Ne jugez pas ces gamins qui ne cherchaient qu’à faire la fête dans le monde que nous leur avons construit.

Posez-vous plutôt les vraies questions : Comment est-il possible qu’en 2026, on laisse encore des mineurs et des jeunes adultes s’entasser dans des lieux sans aucun système anti-incendie digne de ce nom ? Ensuite, comment peut-on encore placer le profit et « l’ambiance » au-dessus de la sécurité de nos enfants ?

La réponse est là, sous nos yeux, mais nous préférons la détourner. C’est d’abord culturel. C’est aussi le poids des lobbies. A ce titre, je n’oublierai jamais cette phrase qu’on m’a dite à l’OFSP lors d’une séance de travail : « Tu sais Cristian, on ne peut pas faire grand-chose. Ce sont les lobbies qui décident. »

En réalité, le coupable, ce n’est pas le feu. Ce n’est pas non plus l’alcool. Le véritable coupable, c’est celui qui sait et qui se tait. C’est celui qui voit et qui regarde ailleurs.  C’est celui qui fabrique le poison avec des paillettes et des étiquettes brillantes, tout en fermant les yeux sur le cadre qui l’entoure.

Désormais, j’ai mal à ma station, j’ai mal à mon passé, et j’ai une colère immense pour ces familles. Car la prévention ne suffit plus quand le système lui-même est complaisant.

Il est donc temps de cesser de détourner le regard.

Le 31 janvier prochain à Lausanne, je monterai sur scène la dernière fois pour mon spectacle.

J’y raconte ce parcours, ces zones d’ombre et cette nécessité de briser les silences qui tuent. Aujourd’hui plus que jamais, je sais pourquoi je le fais.

www.cristianrosatti.ch

#honte#paix#pardon#cransmontana#valais#SantéPublique#Déni#Lobbies#Prévention#BriserLeSilence

#JaiPasDeProbleme#VeriteBrute

Votre nouvelle vie vous attend de l’autre côté de ce clic. Ne la faites pas attendre un jour de plus.